Les créations Aero Concept marquent l’évolution du bagage. – Le poète qui insufflait la vie au duralumin.

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Adapté à la forme de la guitare qui viendra s’y loger, on modifie les dimensions et l’intérieur de l’étui, le rendant ainsi unique. (modèle d’exposition, non disponible à la vente)

 

Parmi les coutumes propres au Japon, on trouve le Senbazuru. « Mille grues ». Il ne s’agit pas
là de véritables oiseaux, mais de guirlandes de grues en papier, d’Origami. On plie des carrés
de papier rouges, jaunes, verts, de multiples couleurs afin de donner à chacun d’eux la forme d’une grue. Il n’est évidemment pas donné à tout le monde de savoir faire de beaux pliages, mais quand quelqu’un de doué s’y attelle, le minuscule oiseau de papier nous semble prendre vie, et c’est le mot « merveilleux » qui vient animer nos lèvres.

La coutume du Senbazuru est toujours en usage au 21ème siècle, on en offre par exemple à une connaissance qui serait en cure, malade. On l’accompagne d’une prière, un « Rétablis-toi bien vite », et le destinataire pourra à son tour, chaque jour, en la contemplant, faire ainsi le souhait d’une guérison un peu plus rapide.

Le Senbazuru ne serait alors qu’une bête superstition ? Non, on ne peut pas se limiter à ce constat. A chaque grue qu’il plie, l’origamiste y joint une prière. Il se rappelle le visage de son ami, et prie « Je te souhaite un prompt rétablissement ». Il répète donc son vœu au moins un millier de fois. Le Senbazuru symbolisant la prière, il pourrait bien renfermer, caché en son sein, une ]« force » invisible. Une « force » qui sans doute aurait un impact psychologique positif sur le convalescent.

La grue n’est qu’un exemple parmi d’autres, les Japonais représentent aujourd’hui encore toutes sortes de choses et de formes en pliant du papier. L’Origami. L’Origami est un jeu pour enfants, mais peut aussi devenir un véritable objet d’art fait de papier. On ne sait pas de façon certaine quand et comment l’Origami est apparu. Et si on ne le sait pas, c’est bien que son histoire est ancienne.

 

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La beauté des rivets, fichés de façon régulière dans la surface réfléchissante.

 

On le désignait autrefois par le nom Orikata. L’Orikata était une règle de bienséance qui consistait à emballer un présent pour l’offrir. Cette pratique remontant au moins à l’époque de Heian (794-1185), ce qui la rend vieille de plus de 1000 ans. Et comme toute règle de bienséance, elle connaissait plusieurs modes célèbres, comme par exemple l’Orikata de l’école Ogasawara, de l’école Ise ou encore de l’école Kira.

Cette règle de bienséance se changea au fil du temps en jeu, et devint l’Origami. Ah mais ce n’est pas tout, l’Origami possède encore une autre signification, celle d’un « sceau de qualité ». Lorsqu’un spécialiste procédait à l’expertise par exemple d’une antiquité, s’il jugeait la qualité de l’objet exceptionnelle, il y apposait, selon la règle de bienséance, un certificat d’authenticité sous la forme d’un magnifique Orikata (Origami). Aujourd’hui encore, quand on dit « avec Origami », c’est qu’on parle d’un objet de tout premier choix.

Keiichi Sugano, l’homme d’Aero Concept, est un virtuose qui manipule le duralumin comme s’il s’agissait de papier. Entre ses mains, le cœur du dur métal devient aussi tendre que celui d’une feuille de papier.

Le duralumin est un alliage d’aluminium, né en 1903 à Düren, petite ville de l’ouest de l’Allemagne. Il a été inventé par Alfred Wilm, et breveté à son nom. Composé de 94% d’aluminium, de 4% de cuivre, et d’un peu de magnésium, le duralumin ordinaire fait montre d’une prodigieuse dureté. Dur, et léger qui plus est.

Un métal si résistant et si léger, il est naturel qu’on l’utilise, vous vous en doutez, pour faire des avions. Car Keiichi Sugano était parmi tant d’autres un de ceux qui, travaillant au contact d’avions, se prirent d’amour pour les propriétés du duralumin.

 

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Ayez le cœur joyeux juste en portant cette sacoche à épaule. (modèle d’exposition, non disponible à la vente)

 

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Un porte-document, au coffre fait de duralumin et bordé de cuir. (modèle d’exposition, non disponible à la vente)

 

Sugano possède un autre visage, celui d’avoir été artisan dans une tôlerie exerçant à Tokyo depuis trois générations. C’est pourquoi il eut à se frotter à la fabrication de pièces d’avions. Mais il y a maintenant plus de vingt ans, il connut la faillite. Il subissait de plein fouet le contrecoup du manque d’activité de la société contractante qui faisait tourner sa tôlerie. Sugano pensa même, une fois, à se donner la mort.

Mais aussitôt une autre idée lui vint à l’esprit. Il pensa: « Bon, ce qu’il faut que je fasse, c’est créer un objet qui serait la preuve de mon existence ici-bas. » Il fabriqua alors son propre attaché-case. Comme
il s’agissait là d’un bagage à usage personnel, il n’avait aucunement l’intention de le vendre, et faisait ça comme un passe-temps, pour le plaisir. Pour ce faire, ce n’est une surprise pour personne, il choisit un matériau qu’il avait l’habitude de manipuler, le duralumin.

Afin de rendre le duralumin aussi léger que du papier, il existe deux moyens. L’un consiste à produire un duralumin aussi fin que possible. Et l’autre à l’alléger en perçant des trous dedans. Cependant, quand
le duralumin est fin comme une feuille, il perd sa forme, il s’agit donc de le plier pour en faire plusieurs couches. On peut dire sans se tromper que l’on a affaire à un Origami de duralumin.

Faire s’affronter le léger et le solide jusqu’à frôler le point de rupture, c’est ça la grande force de Sugano. Imaginez un instant une balançoire à bascule sur laquelle on poserait à droite une « quantité de légèreté », et à gauche une « quantité de solidité ». Ce que l’on rechercherait, c’est ce point, cet instant précis où la balançoire se retrouve à l’horizontale. La beauté des bagages Aero Concept réside en ceci que l’équilibre de cet instant est parfaitement gardé.

Ces bagages sont agréables au toucher, à caresser, jusque dans leurs moindres détails. La poignée d’une valise se met à raconter une histoire au bout de nos doigts. On pourrait appeler cela l’esthétique du toucher.

J’irai jusqu’à dire que les bagages Aero Concept sont beaux jusque dans leurs sons. Prenons le cas d’un attaché-case par exemple, que l’on pose bien à plat sur une table, et que l’on ouvre après en avoir défait à deux mains les loquets. On en tire les documents dont on a besoin, puis on le referme. A cet instant « clic-clac », le mécanisme des loquets nous chante sa chanson. « Clic-clac ». Si vous demandez à Sugano, il vous répondra qu’il a fait en sorte que ce bruit ressemble à celui du déclenchement d’un appareil photo Leica Barnack IIIF. Il n’est pas étonnant non plus que Fender, grand fabricant de guitares parmi les grands fabricants de guitares lui ait passé commande: « Des étuis ! A tout prix ! » Car Keiichi Sugano est le seul poète sur la planète capable d’insuffler la vie au duralumin.

 

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Un bagage de voyage beau et léger, tout en gardant un aspect robuste. (photo non contractuelle)

 

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La dernière nouveauté, un panier de courses futuriste. (en haut) (modèle d’exposition, non disponible à la vente) / Un sac fourre-tout métallique mais souple malgré tout. (en bas à droite) (modèle d’exposition, non disponible à la vente)/ Une sacoche à épaule en forme de tuyau (en bas à gauche) (modèle d’exposition, non disponible à la vente)

 

●Renseignements:http://www.aeroconcept.co.jp/

 

Shozo Izuishi
Né en 1944, il déploie dans le monde de la mode des activités variées : designer, consultant, critique… Il a publié de nombreux ouvrages, parmi lequel « Bruu jiinzu no bunkashi (Histoire culturelle du blue-jean) » (NTT Shuppan). Son ouvrage récent, « Suutsu no hyakkajiten (L’encyclopédie du costume) » (Banraisha), dans lequel il explique sa vision du costume masculin, a été accueilli favorablement par la critique.

 

Photos: Satoru Naitô

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