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HAMAJI Michio

Vol.8 Le « pacifisme positif» détourné de son sens originel

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Photograph: Gary Cameron/Reuters

Photograph: Gary Cameron/Reuters

Ovation debout !! Toute la salle se lève pour applaudir l’orateur. C’était le 29 avril de cette année.
Premier Japonais à prononcer un discours devant le Sénat et la Chambre des représentants des États-Unis réunis en Congrès, le Premier ministre Shinzo Abe a été applaudi par 10 ovations debout au cours de son intervention de 50 minutes. Il doit ce succès notamment au fait qu’il a insisté sur la « contribution proactive (du Japon) à la paix » en prononçant deux fois l’expression « proactive contribution to peace ».
Déclamée devant les parlementaires des États-Unis, alliés du Japon (sur le plan militaire), cette expression risque d’être interprétée comme la volonté nipponne de pouvoir mener une attaque préventive. En effet, dans le cadre du débat sur le droit à
l’auto-défense collective, le cabinet Abe a défini le premier juillet 2014 trois conditions requises pour recourir à la force, en évoquant notamment le cas où le Japon ou un autre pays lié étroitement au Japon par des intérêts communs serait attaqué (NDLR avec pour corollaire une lourde menace pesant sur la souveraineté du Japon, la vie et la liberté du peuple japonais ainsi que son droit au bonheur). Quand on sait que
« un autre pays lié étroitement au Japon » n’est autre que les États-Unis, il n’est pas étonnant que les parlementaires américains se lèvent comme un seul homme pour ovationner un Premier ministre japonais proactif.
Or, chargé de traduire en japonais ce discours, le ministère des affaires étrangères du Japon a choisi le terme
« sekkyokuteki heiwashugi (pacifisme positif) » pour transcrire l’expression « contribution proactive à la paix ». Mais le pacifisme positif est un concept développé en 1969 par Johan Galtung, politologue né à Oslo en 1930. Pour ce chercheur norvégien, la simple absence de conflit armé correspond à un état de « paix négative » par opposition à la « paix positive » qui, outre l’absence d’hostilités, demande un système social assurant en permanence l’absence de violences structurelles (pauvreté, oppression, discrimination…). Cette approche qui a révolutionné la notion de paix jouit
aujourd’hui d’une notoriété mondiale.
Notre Premier ministre a donc parlé de la « contribution proactive à la paix » en anglais – ce qui risque d’être interprété comme un engagement du Japon à mener au besoin une attaque préventive – à
l’adresse des parlements américains ou de la communauté internationale, tandis que cette expression est traduite en japonais – à l’adresse du peuple japonais – comme
« pacifisme positif ». Il s’agit d’une interprétation intentionnellement décalée et d’un détournement du concept imaginé par Galtung.

Source: Galtung-Institute

L’article 9 de la Constitution japonaise, qui interdit la guerre et l’usage des armes comme moyens de résoudre les conflits internationaux, et par lequel le Japon renonce au droit de belligérance, est un
« trésor » rarissime qui honore notre pays. Nous autres Japonais, qui sommes attachés à cet article, devons nous montrer proactifs et vigilants par rapport à
l’orientation politique de notre pays.

HAMAJI Michio

Consultant en affaires internationales. Consultant de la Fondation Global Human Development Japan.
Diplômé de la faculté d’économie de l’Université Keio en 1965, il poursuit ses études à l’Institut d’Études et de Formation Internationales avant de s’expatrier en Moyen Orient travaillant dans la division pétrole d’une société commerciale japonaise. À 45 ans, il change d’entreprise pour travailler à New York dans le secteur numérique. Après être passé par une société de traduction et une entreprise américano-japonaise de télécommunication,il s’installe à son compte en 2002. Il s’occupe notamment du Pavillon d’Arabie Saoudite à l’Exposition Universelle d‘Aichi et dirige, entre autres, la production d’une série de documents audiovisuels consacrés au grand chef d’orchestre Bernstein. Après avoir été consultant pour le marché japonais de l’entreprise américaine Cognizant et du groupe anglais Pearson, il est maintenant coordinateur exécutif de la filiale japonaise d’Atos, entreprise française de service du numérique

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